Irlande, 672.
Une abbaye isolée. Un abbé retrouvé mort. Une prophétie glaçante prononcée par une mystérieuse femme en gris. C’est dans cette atmosphère de tension et de mysticisme que s’ouvre le 35e volume des enquêtes de sœur Fidelma, héroïne incontournable de la série médiévale historique de Peter Tremayne.
Avec La Prophétesse de cendres, l’auteur britannique poursuit son exploration minutieuse de l’Irlande du haut Moyen Âge, mêlant habilement suspense, érudition historique et intrigue criminelle. Un polar historique qui, comme toujours, allie rigueur et divertissement.
Une mort annoncée
L’affaire débute avec une étrange rencontre : l’abbé Brocc, lors d’une promenade solitaire, croise la route d’une femme drapée de gris, aussi fascinante qu’inquiétante. Celle-ci lui annonce sans détour sa mort prochaine. Si Brocc tente d’ignorer la prédiction, il décide tout de même de faire appel à sœur Fidelma, juriste de renom et fine enquêtrice.
Mais à son arrivée à l’abbaye de Dair Inis, il est déjà trop tard. Brocc a été retrouvé mort dans l’étuve de l’abbaye — exactement comme l’avait prédit la prophétesse. Coïncidence ? Meurtre soigneusement mis en scène ? Ou réelle prémonition ?
Fidelma, accompagnée de son époux Eadulf et de leur fidèle compagnon Dego, devra faire tomber les masques et démêler une énigme où le surnaturel semble s’inviter dans la réalité.
Un monde entre deux croyances
Ce qui rend les enquêtes de sœur Fidelma si uniques, c’est leur ancrage dans une époque en pleine mutation religieuse et sociale. En 672, l’Irlande est le théâtre d’une tension palpable entre les croyances païennes ancestrales et la montée en puissance du christianisme.
Ce contexte riche en contradictions est ici au cœur de l’intrigue. La mystérieuse prophétesse n’est pas qu’un élément de folklore : elle incarne le poids persistant de l’ancienne foi, celle que beaucoup tentent d’effacer ou de reléguer au passé. Mais le surnaturel a encore ses fidèles, et ses adeptes sont prêts à tout pour garder leur pouvoir.
Face à cela, Fidelma incarne la raison, la loi et l’intelligence, naviguant avec sagacité dans un monde où le moindre faux pas peut être fatal.
Une héroïne toujours aussi fascinante
Sœur Fidelma n’a rien perdu de sa force intellectuelle ni de son sens de la justice. Juriste au sein du système juridique irlandais des Brehons, elle est aussi une femme libre dans une époque où cela ne va pas de soi. Son duo avec Eadulf continue de fonctionner à merveille, mêlant respect mutuel, tendresse discrète et complémentarité d’approche.
Dans cette enquête, Fidelma est confrontée à des mensonges, des rivalités de pouvoir et à la manipulation de la peur. Mais c’est surtout la nature humaine, toujours prompte à croire ce qui l’arrange, qu’elle devra affronter.
Une série fidèle à elle-même, et toujours aussi prenante
Peter Tremayne, spécialiste de l’histoire irlandaise, maîtrise parfaitement son univers. Comme à chaque volume, il parvient à intégrer des éléments historiques précis à une trame policière captivante, sans jamais alourdir la lecture. Le lecteur se retrouve immergé dans un monde de rituels, de hiérarchies ecclésiastiques, de règles juridiques complexes et de superstitions tenaces.
La Prophétesse de cendres réussit à renouveler l’intérêt pour cette saga au long cours, en ajoutant une touche de mystère plus sombre, presque ésotérique, tout en restant fidèle aux codes du polar d’époque.



