New York, futur proche. Face à une montée incontrôlable de la violence urbaine, les autorités américaines prennent une décision radicale : confier à l’armée la gestion d’une prison expérimentale enfouie sous les eaux. Ainsi naît Waterjail, structure carcérale ultra-sécurisée, conçue pour être hermétique à toute tentative d’évasion… mais aussi, à toute forme d’humanité.
Au cœur de cet univers confiné, nous suivons le docteur Bradley Cayne, médecin en chef de la base, témoin privilégié des dérives de ce système. Mais lorsque des symptômes étranges apparaissent chez certains détenus, le scientifique découvre l’inimaginable : une bactérie mortelle s’est infiltrée dans la prison. Contamination, mutation, hallucinations… la menace est aussi invisible que destructrice.
Un thriller aux frontières de la science-fiction
Gérard Saryan construit ici un véritable huis clos sous pression, où chaque couloir humide et chaque porte blindée deviennent des pièges. Le décor est anxiogène à souhait : 30 mètres sous la mer, une prison sans échappatoire, un virus inconnu… Tous les ingrédients sont réunis pour une immersion totale dans un univers à la fois réaliste et cauchemardesque.
À travers la voix de Bradley, le lecteur est confronté à un dilemme moral saisissant : rester fidèle à l'institution ou désobéir pour sauver des vies. Mais dans un système militaire où l'obéissance est sacrée, toute tentative de dissidence peut coûter cher — très cher.
Une critique des dérives sécuritaires
Au-delà du suspense, Waterjail est aussi un miroir tendu à notre société. La prison sous-marine devient une métaphore glaçante des politiques de répression extrême, où l’humain n’est plus qu’un élément de contrôle. Lorsque le Pentagone refuse d’évacuer malgré la propagation du pathogène, l’idéologie de la sécurité à tout prix révèle son vrai visage : froide, impitoyable, déshumanisée.
Saryan interroge ainsi les frontières de l’éthique : jusqu’où peut-on aller pour contenir la violence ? Et que devient une société qui accepte de sacrifier des vies au nom de l’ordre ? En filigrane, c’est une réflexion sur les prisons modernes, la désobéissance civile et la place de la conscience individuelle face à la machine étatique qui se déploie.
Une écriture immersive et tendue
Le style de Gérard Saryan est direct, efficace et visuel. On sent l’influence des thrillers américains, mais aussi celle des classiques de la science-fiction comme Jules Verne, dont l’auteur se revendique admirateur. À travers des descriptions précises et un rythme soutenu, il parvient à créer une tension permanente. Le lecteur, comme les personnages, manque d’air.
Les protagonistes, quant à eux, ne sont pas de simples archétypes. Bradley Cayne, en particulier, est un héros complexe et nuancé, à la fois rationnel et tourmenté, scientifique et profondément humain. Son évolution au fil du roman donne au récit une dimension psychologique intense, renforçant l’immersion du lecteur.
Un premier roman ambitieux et maîtrisé
Avec Waterjail, Gérard Saryan signe un coup de maître dans le registre du thriller d’anticipation. Tout en respectant les codes du genre — tension, mystère, retournements de situation — il y insuffle une véritable profondeur narrative et thématique.
Roman noir, critique politique, thriller médical, dystopie militaire : Waterjail brouille les genres pour mieux captiver. Et une chose est certaine : une fois entré dans la prison sous-marine, vous n’en sortirez pas indemne.
Un page-turner glaçant et intelligent, à mettre entre toutes les mains — sauf peut-être celles qui ont peur de l’eau... ou de la vérité.



