Bienvenue à Mumbai, la capitale du rêve et des contrastes. Ville tentaculaire où Bollywood fait briller mille feux, où la musique, la danse et les paillettes semblent promettre une vie meilleure. Mais derrière le décor coloré du cinéma indien se dissimule une réalité plus sombre, où les rêves deviennent parfois des cauchemars. C’est ce contraste saisissant que Bernard Grandjean explore avec brio dans Rêves brisés à Bollywood, un polar envoûtant et percutant.
Une disparition qui fait basculer la façade
Tout commence par l’arrivée d’Aurora Conti, jeune touriste italienne passionnée de danse et fascinée par l’univers de Bollywood. Pour elle, Mumbai est une promesse : celle d’une vie lumineuse, vibrante, où la magie de l’écran semble à portée de main. Mais le conte de fées prend une tournure inquiétante : Aurora disparaît sans laisser de trace.
Cette disparition ne tarde pas à devenir une affaire d’État, d’autant plus qu’elle implique une étrangère dans une ville sous tension. L’enquête est confiée à Mary Desuza, jeune inspectrice de police déterminée et idéaliste, qui va rapidement découvrir que la cité du rêve abrite une réalité crue et dangereuse.
Une plongée dans les bas-fonds de Mumbai
À travers l’enquête de Mary, Bernard Grandjean entraîne le lecteur dans les entrailles de Mumbai. On y croise des figures aussi variées que poignantes : call-girls fatiguées de survivre, commerçants pris dans la spirale de la résignation, agents de sécurité corrompus, politiciens calculateurs et trafiquants sans scrupules.
Chaque rencontre est une pièce d’un puzzle complexe, chaque indice fait surgir de nouvelles menaces. Aurora est-elle encore en vie ? Était-elle réellement une simple touriste ? Que cachent les silences des autorités ? Au fil des chapitres, le mystère s’épaissit, tandis que les frontières entre victime, bourreau et complice deviennent de plus en plus floues.
Un thriller politique et social
Plus qu’un simple roman policier, Rêves brisés à Bollywood est aussi un thriller social, qui ose interroger les dessous de la société indienne contemporaine. Bernard Grandjean aborde la place des femmes, la violence systémique, la manipulation politique et la corruption avec une lucidité sans voyeurisme. Il montre comment le mythe de Bollywood peut servir de rideau de fumée, dissimulant une réalité bien moins reluisante.
Le personnage de Mary Desuza incarne cette tension : tiraillée entre son idéal de justice et la pression constante d’un système qui préfère le silence à la vérité, elle lutte non seulement contre le crime, mais aussi contre le cynisme ambiant.
Une atmosphère envoûtante, une narration immersive
Avec une plume précise et sensorielle, Bernard Grandjean donne vie à un Mumbai aussi fascinant que redoutable. L’agitation des rues, les odeurs de curry mêlées à la pollution, les contrastes entre bidonvilles et gratte-ciels, les décors de tournage chatoyants et les ruelles sombres où l’on disparaît sans un bruit… Chaque page est un voyage, un choc, une immersion totale dans une ville aux mille visages.
L’intrigue, solidement construite, ne lâche jamais le lecteur. Les rebondissements s’enchaînent avec maîtrise, portés par une tension croissante et une urgence dramatique qui culmine dans un final saisissant.
Un roman noir au cœur de l’illusion
Rêves brisés à Bollywood est une réussite totale : un polar dense et rythmé, porté par une héroïne forte, des personnages marquants et une critique sociale aussi pertinente que troublante. Bernard Grandjean réussit à conjuguer le suspense d’une enquête policière à la profondeur d’un roman d’atmosphère, tout en interrogeant les promesses et les pièges de la société du spectacle.
À lire si vous aimez les thrillers intelligents, les décors dépaysants et les récits où la lumière des projecteurs éclaire aussi les zones d’ombre de l’humanité.



