Crimes de sang, meurtres familiaux, disparitions énigmatiques... La Charente, paisible département du sud-ouest de la France, cache dans son passé des drames humains d’une intensité tragique. Avec Les grandes affaires criminelles de Charente, Annie Ragnaud-Sabourin, Jean Gonthier et Vincent Gonthier nous livrent un panorama saisissant des dossiers les plus marquants, du XIXe siècle à la fin du XXe.
Une plongée dans la mémoire judiciaire d’un territoire
L’ouvrage s’ouvre sur des faits divers qui ont marqué leur époque et parfois divisé l’opinion publique. Certains noms oubliés refont surface, porteurs de récits effrayants, parfois absurdes, toujours tragiques. Chaque chapitre est consacré à une affaire, racontée avec un sens du détail et du suspense qui rend la lecture aussi addictive qu’un roman noir.
Mais ici, tout est vrai. Documents d’archives, coupures de presse, témoignages et expertises judiciaires viennent étayer les récits. Le travail des auteurs, rigoureux et passionné, transforme ces affaires en tranches de vie ancrées dans leur époque, révélant autant la violence des actes que le fonctionnement – parfois rudimentaire – de la justice.
Des crimes qui reflètent leur époque
Du parricide brutal de Mathurin Rouchaud en 1873 à l’affaire trouble du château de Fleurac en 1994, chaque crime porte la marque de son temps. On y croise des armes blanches rougies par la jalousie, des empoisonnements domestiques, des fusils utilisés lors de querelles entre voisins ou encore des gourdins vengeurs brandis dans la pénombre. Chaque crime raconte aussi une société : rurale, hiérarchisée, empreinte de non-dits.
En 1933, à Angoulême, une double exécution capitale marque les esprits. La guillotine, toujours en usage, s’abat sur deux coupables dans une mise en scène terrible et théâtrale. L’affaire devient symbolique d’un système pénal aux méthodes radicales, à la fois crainte et spectacle.
Une galerie de personnages sombres et fascinants
Les coupables sont parfois des figures familières, d’autres fois de véritables inconnus, surgis de l’ombre d’un hameau ou d’un quartier oublié. On y découvre des assassins par amour, des criminels désespérés, mais aussi des êtres calculateurs, dont les crimes prémédités glacent le sang. Les victimes, elles, sont parfois oubliées de l’histoire, et le livre leur redonne une voix, une place, une dignité.
Certains dossiers restent nimbés de zones d’ombre, comme l’affaire de Fleurac, où la vérité semble glisser entre les mains des enquêteurs, malgré des années d’investigation. Le doute, parfois plus angoissant que la certitude, devient alors le véritable protagoniste.
Un regard sur la justice d’hier et d’aujourd’hui
Au fil des pages, on observe aussi l’évolution des techniques d’enquête, des pratiques judiciaires, et du regard porté sur les criminels. De la justice de clocher aux premiers pas de la police scientifique, la Charente devient un laboratoire criminel grandeur nature, où l’on voit se déployer les forces – et les limites – de l’appareil judiciaire.
Les auteurs, fins connaisseurs de la région et de ses archives, parviennent à équilibrer l’exposé rigoureux des faits avec une narration fluide, presque romanesque. Le style reste sobre, sans sensationnalisme, mais n’en est que plus efficace.
Les grandes affaires criminelles de Charente est un ouvrage passionnant pour les amateurs de faits divers, d’histoire locale ou de criminologie. Un livre qui rappelle que derrière chaque crime se cache une société, des conflits intimes, et une mémoire collective.
À lire la lumière allumée... et la porte bien fermée.



