Celle qui brûle : le mythe d’Ys en flammes, entre révolte et renaissance

Dans Celle qui brûle, Ana Kori revisite la légende de Dahut avec une puissance subversive rare. Un texte court, mais brûlant de colère, de désir et d’émancipation.

Il y a des récits qui éclairent, et d'autres qui embrasent. Celle qui brûle, novella incisive et incandescente signée Ana Kori, appartient à la seconde catégorie. Dans ce texte aussi bref que fulgurant, l’autrice réinvente la légende de la cité d’Ys à travers les yeux de Dahut, souvent reléguée au rôle de pécheresse fatale, ici réhabilitée comme figure de résistance, de révolte et d’affirmation féminine.

À la croisée du mythe celtique, de la fiction subversive et du manifeste poétique, Celle qui brûle est une œuvre à la fois viscérale et politique, où l’eau et le feu deviennent des armes de reconquête identitaire.

Dahut : sorcière, fille, coupable d’exister

Dahut est la fille du roi Gradlon et gardienne de la cité d’Ys, ville légendaire construite sous le niveau de la mer, protégée par des digues dont seule elle détient les clés. Mais Dahut est aussi — et surtout — une femme dans un monde qui la condamne pour son désir, sa liberté et son refus de se soumettre.

Ana Kori redonne à ce personnage mythique une voix, un corps, une colère. Elle n’est plus la femme punie pour sa luxure, mais celle à qui l’on refuse le droit d’aimer, de choisir, de gouverner.

Son crime ? Ne pas correspondre à l’image attendue de la femme pieuse, soumise, sage. Dans un monde pétri de dogmes et de peurs, elle incarne la menace d’un féminin libéré, et paiera le prix fort. Mais plutôt que de courber l’échine, Dahut choisira de répondre par la déflagration.

Une réécriture féministe et poétique du mythe d’Ys

Ce qui frappe dans Celle qui brûle, c’est la façon dont Ana Kori déconstruit le récit traditionnel pour en faire une critique cinglante de la condition féminine — hier comme aujourd’hui.

La cité d’Ys devient le théâtre d’un enfermement, aussi physique que symbolique : derrière ses digues, tout est surveillé, contenu, étouffé. Le moindre débordement — de corps, d’émotion, de parole — est vécu comme un danger.

Le style de l’autrice épouse cette tension : lyrique, nerveux, incandescent, il épouse les élans de son héroïne, sa rage, son vertige, son affranchissement. Chaque phrase semble taillée dans la braise, comme si elle devait survivre à l’eau qui monte.

Ce n’est pas un conte, ni un roman historique, mais un cri mythologique, un chant de cendres et de renaissance.

Un texte engagé, court, mais inoubliable

Avec à peine une centaine de pages, Celle qui brûle tient plus de la déflagration que de la promenade littéraire. Il se lit d’une traite, le souffle court, les nerfs à vif. Car au-delà du mythe, ce que ce récit explore, ce sont des thématiques universelles et brûlantes :

  • La culpabilisation du désir féminin

  • La peur des femmes puissantes

  • Le poids de la honte héritée

  • Le choix entre soumission et subversion

C’est aussi une réflexion profonde sur l’identité, la mémoire et la résistance. Que faire du feu qu’on porte en soi ? Le laisser consumer de l’intérieur, ou le projeter sur le monde pour le transformer ?

Ana Kori fait de Dahut une héroïne d’aujourd’hui, féministe, enragée, indomptable — et nous offre une œuvre qui fait écho à tant de silences encore trop présents.

Laissez-vous envoûter par Celle qui brûle de Ana Kori, disponible dès maintenant sur IZIBOOKS. Une lecture aussi brève qu’inoubliable, à mettre entre toutes les mains qui refusent de se taire.

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