Quand soigner les autres signifie s’oublier soi-même
Magalie Milo est généraliste dans la région de Montpellier, épouse et mère de deux jeunes enfants. Une femme brillante, investie, bienveillante, à l’image de ces professionnels de santé sur qui repose une grande part de notre système médical. Mais derrière la blouse blanche, une fatigue insidieuse s’est installée. Les rendez-vous s’enchaînent, les responsabilités s’accumulent, les horaires débordent. Et surtout, l’écoute et la compassion envers ses patients prennent toute la place, laissant la sienne vide.
Le corps envoie pourtant des signaux, clairs et répétés. Troubles du sommeil, tensions physiques, crises d’angoisse. Mais Magalie les ignore. Elle est médecin, après tout. Elle doit tenir.
Jusqu’au jour où son corps dit stop. Un accident de la route évité de justesse, sur fond de surmenage extrême, marque le point de bascule. Magalie Milo est diagnostiquée en burn-out sévère. Sa blouse tombe. Sa vie aussi.
Une plongée dans l’enfer du burn-out médical
Ce témoignage, Magalie Milo l’écrit pour elle-même, d’abord. Pour comprendre, pour poser les mots sur les maux. Mais elle l’écrit surtout pour tous ceux et celles qui vivent la même chose, en silence, honteux ou incompris.
Le livre est découpé comme un journal intime, à la fois brutal et tendre, sincère et sans fard. On suit cette lente chute, sur trois années de lutte intérieure : la culpabilité d’avoir « craqué », la peur du regard des autres, le sentiment d’être inutile, remplaçable, voire faible. Des émotions universelles, mais d’autant plus violentes quand on est censé être celui ou celle qui soigne, qui sauve.
Elle décrit aussi la pression institutionnelle, l’épuisement émotionnel d’un système à bout de souffle, où les médecins sont perçus comme infaillibles. Ce témoignage devient alors un cri d’alarme, et un hommage à tous les soignants en souffrance, invisibles derrière leur profession.
Un chemin de reconstruction long et nécessaire
Après l’effondrement vient le silence. Puis, petit à petit, la reconstruction. Ce processus, Magalie Milo ne le cache pas : il est lent, douloureux, semé de doutes. Elle parle de thérapie, de soutien familial, de remise en question. Elle évoque aussi les rechutes, la solitude, mais surtout les petites victoires : un matin sans angoisse, une balade avec ses enfants, une respiration retrouvée.
Le chemin vers la guérison passe par un mot essentiel : légitimité. Se donner le droit de ne pas aller bien. Se réapproprier son humanité, au-delà du rôle du médecin. S’autoriser à exister en dehors de sa fonction, de sa blouse, de son devoir.
Dans un monde où la performance est érigée en valeur suprême, ce livre est une invitation à ralentir, à écouter son corps, à protéger sa santé mentale.
Un livre nécessaire, au cœur d’une urgence collective
Mon burn-out en blouse blanche n’est pas seulement un récit personnel. C’est une prise de parole puissante sur un phénomène qui touche de plus en plus de professionnels de santé à travers l’Europe. Médecins généralistes, infirmiers, urgentistes, psychologues : tous exposés à une charge mentale et émotionnelle démesurée.
En racontant son histoire, Magalie Milo ouvre la voie à une parole libérée. Elle pose une question essentielle : Qui prend soin de ceux qui prennent soin des autres ?



