Sortir de la maison hantée : un essai-choc sur l’héritage de l’hystérie et la psychiatrisation des femmes

Dans cet essai aussi rigoureux que bouleversant, Pauline Chanu explore les survivances de l’hystérie dans le monde médical, judiciaire et familial contemporain. Un livre essentiel pour comprendre comment les violences faites aux femmes sont encore trop souvent dissimulées derrière des diagnostics psychiatriques.

L’hystérie : une figure du passé… vraiment ?

Le mot « hystérie » semble venir d’un autre siècle. Synonyme de femme excessive, incontrôlable, théâtrale, il évoque l’univers poussiéreux des hôpitaux du XIXe siècle, des clichés en noir et blanc montrant des femmes en crise, contorsionnées dans l’arc de cercle. Pourtant, comme le démontre avec brio Pauline Chanu, l’hystérie n’a jamais vraiment disparu : elle a simplement changé de nom, de forme, de justification.

Dans Sortir de la maison hantée, l’autrice propose un travail d’enquête méticuleux pour montrer que ce diagnostic soi-disant obsolète continue d’influencer profondément notre manière de percevoir, juger et traiter les femmes – surtout celles qui souffrent, qui protestent, ou qui dénoncent.

Une enquête à la croisée des disciplines

Ce qui rend cet essai si puissant, c’est la richesse de ses sources et la multiplicité des voix convoquées. Pauline Chanu entrelace témoignages contemporains, archives psychiatriques, récits d’autrices internées, entretiens avec des soignant·es, avocat·es et historien·nes pour bâtir une démonstration implacable : aujourd’hui encore, on traite trop souvent les femmes comme folles plutôt que comme victimes.

L’autrice revient notamment sur des affaires judiciaires récentes où la parole des femmes a été invalidée au nom de troubles supposés, sur la médicalisation de la détresse féminine, ou encore sur la façon dont les violences conjugales et sexuelles sont parfois dissimulées derrière des étiquettes psychiatriques. L’ouvrage prend ainsi la forme d’un grand récit d’émancipation, où les femmes enfermées sont appelées à redevenir des sujets.

Des hystériseurs bien réels

L’un des apports majeurs du livre est de souligner que l’hystérie, loin d’être un état naturel ou une réaction biologique, est produite par un système. Pour qu’il y ait hystérisation, il faut des hystériseurs. Autrement dit : des professionnels de santé, des proches, des institutions, qui — souvent inconsciemment — participent à construire une image déformée de la souffrance féminine.

Pauline Chanu n’accuse pas individuellement, mais analyse les mécanismes sociaux, culturels et politiques qui permettent encore aujourd’hui de décrédibiliser la parole des femmes en la psychiatrisation. À ce titre, le livre est à la fois une enquête, un manifeste féministe et un guide critique à l’usage des citoyens et citoyennes.

Faire parler les fantômes

Le titre Sortir de la maison hantée est profondément symbolique. Il renvoie à ces lieux — hôpitaux, tribunaux, foyers — où les voix des femmes sont étouffées, perdues, enterrées. Pauline Chanu invite à écouter les fantômes, à redonner la parole à celles qui ont été mises de côté, diagnostiquées, enfermées, oubliées.

Mais plus qu’un simple travail de mémoire, le livre est aussi une invitation à agir : à repenser la place de la psychiatrie, à réinterroger les discours médicaux, à croire les victimes, à refuser que la douleur soit disqualifiée parce qu’elle dérange. En ce sens, l’essai est d’une urgence brûlante, dans un contexte où les luttes féministes remettent en lumière l’impact psychique des violences sexistes.

Avec Sortir de la maison hantée, Pauline Chanu signe un livre essentiel, percutant et libérateur, qui donne enfin la parole aux femmes longtemps qualifiées d’hystériques, et redonne un sens politique à leurs silences.

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