Deux époques, une même brûlure
À l’ombre d’un vieux chêne, près d’un banc oublié dans un parc, les vies s’enchevêtrent. Un lieu, témoin d’un amour né dans la révolte des années 1970, devient le théâtre silencieux d’une seconde rencontre, cinquante ans plus tard.
Lila, jeune fille de bonne famille en rupture avec les attentes imposées par son milieu, croise la route de Pierre, manouche et musicien. Elle vient du silence, il vient du feu. Elle porte des rêves trop grands pour les salons dorés, lui une guitare et des chansons pleines de liberté. Leur histoire, faite de regards volés, d’instants suspendus et d’obstacles sociaux, résonne comme un souffle de vie au cœur d’un monde corseté. Un amour comme un brasier que l’on cache, que l’on tait, mais qui continue à brûler.
Le passé ne meurt jamais
Un demi-siècle plus tard, Michel revient dans ce même parc. Officiellement pour régler une succession, officieusement pour retrouver des réponses. Il tombe sur une cabane fermée depuis toujours, un carnet jauni, une photographie oubliée, une roulotte abandonnée – autant de signes d’un passé qui réclame justice. Et peut-être réconciliation.
Le roman alterne les voix et les époques avec une fluidité remarquable. Chaque chapitre dévoile un pan de mystère, chaque page rapproche le lecteur de la vérité que l’on a voulu étouffer. Sarina de Lorme explore avec délicatesse ce que nous laissons derrière nous, les promesses brisées, les histoires que l’on ne finit pas, et celles qu’on transmet sans le savoir.
Un amour plus grand que les normes
Au cœur du roman, la relation entre Lila et Pierre est bouleversante de sincérité. Tout les oppose, mais leur amour défie les règles sociales, les regards réprobateurs, la peur de trahir son clan ou sa liberté. À travers eux, l’autrice aborde des thématiques puissantes : la marginalisation, le racisme envers les gens du voyage, l’émancipation féminine, le poids de l’honneur et de la honte.
Mais Retour au passé n’est pas seulement un roman d’amour. C’est aussi un récit de transmission. De ces fils invisibles entre les générations. Des secrets qui façonnent sans qu’on le sache. Et de la puissance de la mémoire collective – celle qui sommeille dans les objets, les lieux, les silences.
Une écriture tendre et habitée
Sarina de Lorme écrit avec pudeur et passion. Elle sait faire chanter les silences et vibrer les regards. Son style, à la fois poétique et ancré dans le réel, donne vie à des personnages profondément humains, faillibles, lumineux.
Les descriptions sensorielles, la chaleur d’un été, la rugosité d’un souvenir, l’odeur du bois dans la cabane… tout participe à une immersion totale. On sent le vent dans les feuilles, on entend la guitare de Pierre, on lit les hésitations de Lila sur ses lèvres.
Une histoire d’héritage et de renaissance
À travers la quête de Michel, Retour au passé interroge notre rapport au souvenir : peut-on vraiment comprendre ce qui a été tu ? Et que faire des héritages affectifs que l’on découvre trop tard ?
Le roman ne cherche pas à réparer le passé. Il le laisse exister, avec ses manques, ses brûlures, ses douleurs. Mais il offre une chose précieuse : une possibilité de réponse. D’apaisement. D’oser enfin regarder en face ce qui fut, pour ne plus en être prisonnier.
Un roman émouvant, solaire, et profondément juste sur la liberté d’aimer, les chemins que l’on choisit – ou non – et ce que l’on laisse aux générations suivantes.



