Sainte Emmerderesse – La revanche savoureuse des "emmerdées"

Avec Sainte Emmerderesse, Audrey Alwett signe un premier roman détonant, impertinent et jubilatoire. Une aventure littéraire pleine d’humour et de mordant, portée par une bande de laissés-pour-compte qui redonnent vie à une sainte bien décidée à faire justice. Un coup de cœur corrosif !

Quand tout fout le camp, autant acheter un manoir

Suzanne n’avait rien demandé. Surtout pas de gagner au Loto. Et pourtant, le hasard (ou le destin ?) la propulse millionnaire du jour au lendemain. Au lieu de sombrer dans les clichés de la richesse, elle prend la poudre d’escampette. Direction la Normandie, où elle achète sur un coup de tête un vieux manoir. Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’elle venait aussi d’hériter… d’une tombe. Et pas n’importe laquelle : celle de sainte Emmerderesse.

Une sainte oubliée des livres d’histoire, mais pas de la terreur locale. Insolente, malicieuse, irrévérencieuse, cette sainte-là n’a pas le profil habituel du martyre. Mais elle a une mission : foutre le bazar. Et Suzanne, flanquée de trois comparses aussi cabossés qu’attachants, va l’aider à renaître.

Quatre outsiders, une sainte et un vent de révolte

Autour de Suzanne se forme un groupe hétéroclite, hautement improbable mais diablement efficace : une aide-soignante qui ne sait plus si elle a encore le droit d’exister, un pompier un peu paumé, un vieux médecin juif athée, et une autrice lesbienne germano-algérienne au franc-parler bien affûté.

Qu’ont-ils en commun ? Rien, si ce n’est d’avoir été marginalisés, blessés, méprisés ou ignorés. Mais c’est justement cette souffrance partagée qui les soude. Ensemble, ils vont remettre sur pied une légende et, ce faisant, se reconstruire eux-mêmes.

Sainte Emmerderesse devient alors plus qu’un fantôme moqueur : elle incarne la revanche joyeuse, le refus de se taire, l’énergie brute de ceux qu’on croyait à terre. Son retour secoue la Normandie conservatrice, bouscule les certitudes, pique là où ça fait mal. Et ça fait un bien fou.

Un style flamboyant et mordant

La plume d’Audrey Alwett est un bonheur de chaque ligne. Acérée, drôle, colorée, pleine de malice et de profondeur. Elle ose les figures de style audacieuses, les jeux de mots bien sentis, et une narration qui déborde d’énergie. À la fois conte irrévérencieux et fresque sociale contemporaine, Sainte Emmerderesse n’épargne personne — les bien-pensants, les lâches, les intolérants — mais le fait avec une telle intelligence et un tel humour qu’on en redemande.

Le ton oscille entre férocité joyeuse et tendresse lucide. On rit, souvent. On grince des dents, parfois. Mais surtout, on ressent une immense jubilation à suivre ces héros ordinaires dans leur croisade déjantée.

Un premier roman qui met les pieds dans le plat

Audrey Alwett, que l’on connaissait pour ses bandes dessinées (Princesse Sara, Magic Charly), livre ici un premier roman adulte aussi audacieux qu’engagé. Elle aborde frontalement les sujets sensibles — racisme, homophobie, sexisme, misère sociale — sans jamais tomber dans le pathos ni la leçon de morale. Le résultat ? Un roman qui claque, qui fait du bien, et qui célèbre avec brio la puissance de la solidarité et de l’irrévérence.

« Si l’impuissance fut votre lot et que sur vous l’emportèrent les salauds, ce livre vous vengera. » La promesse est tenue.

Sainte Emmerderesse est un roman aussi drôle que nécessaire, aussi irrévérencieux que libérateur.

Une œuvre qui donne envie de relever la tête, de faire du bruit, et surtout de ne plus s’excuser d’exister.

À lire si vous aimez les personnages hauts en couleur, les saintes rebelles et les histoires qui changent les règles du jeu. Un coup de pied salutaire dans la fourmilière.

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