Entre passé et présent : les cicatrices invisibles
Dans une institution psychiatrique, Orli, ancienne déportée, revit sans fin les souvenirs d’Auschwitz. Internée pour traumatisme post-concentrationnaire, elle porte les stigmates invisibles d’un combat qui ne s’est jamais vraiment terminé. Car au-delà des barbelés et des ordres hurlés, Orli a été témoin de l’horreur incarnée : le sinistre docteur Josef Mengele.
Ce roman débute alors que la mémoire fait irruption, violente, déchirante. Et nous entraîne dans un douloureux retour en arrière, au cœur du plus célèbre camp de la mort.
1942 : la chute dans l’enfer
Orli est une résistante allemande. Trahie par son propre mari, elle est arrêtée, déportée et expédiée à Auschwitz. Elle n’est ni juive ni polonaise, mais coupable d’avoir combattu le régime. Convaincue d’aller vers une mort certaine, elle découvre pourtant un destin inattendu : elle est affectée à l’infirmerie du camp, comme assistante médicale.
Mais ce qui aurait pu être un sursis s’avère être une descente plus profonde encore dans l’horreur. L’homme qu’elle doit assister n’est autre que le docteur Mengele, surnommé l’Ange de la Mort. À ses côtés, Orli est confrontée à l’indicible : des expériences médicales sadiques, des sélections cruelles, des enfants arrachés à leurs mères pour être utilisés comme cobayes.
Résister depuis l’intérieur
Mais Orli n’est pas prête à abandonner. En tant qu’ex-résistante, elle se fixe un nouvel objectif : sauver autant de vies que possible, depuis l’enfer même. Elle cache des malades, falsifie des registres, dissimule les faibles pour qu’ils échappent aux chambres à gaz.
Avec d’autres infirmières, elles mettent au point un plan fou : simuler une épidémie de typhus pour éloigner Mengele et les soldats SS d’un baraquement. Un acte de résistance invisible mais héroïque, qui pourrait coûter la vie à chacune d’entre elles.
Le courage en silence
Ce roman ne cherche pas à édulcorer l’horreur des camps. Il la montre dans ce qu’elle a de plus glaçant, mais sans jamais céder au voyeurisme. Au contraire, Ellie Midwood rend hommage à toutes celles et ceux qui, à l’intérieur même d’Auschwitz, ont choisi de ne pas se soumettre.
Orli est l’une de ces héroïnes de l’ombre. Tourmentée, marquée à vie, mais déterminée à rester humaine là où tout est fait pour détruire l’âme.
Une fiction nourrie de témoignages réels
Ellie Midwood s’est inspirée de récits véridiques de survivantes ayant travaillé dans les infirmeries des camps nazis. Grâce à cette documentation rigoureuse, le roman sonne juste à chaque page. On y lit la peur constante, le poids du mensonge nécessaire, les alliances fragiles, mais aussi les instants de lumière : une vie sauvée, une étreinte volée, une chanson fredonnée.
La plume de Midwood est fluide, pudique et bouleversante. Elle donne à voir ce que l’histoire oublie parfois : les petites victoires dans les plus grandes défaites.
Un roman nécessaire
L’ange d’Auschwitz n’est pas seulement un roman sur la Shoah. C’est un livre sur le pouvoir de résister, même quand tout semble perdu. Sur les femmes qui ont agi sans attendre d’être nommées héroïnes. Sur les cicatrices qui ne se voient pas, mais qui façonnent une vie.
À travers Orli, c’est toute une mémoire que l’autrice ravive. Et c’est une lecture que l’on n’oublie pas.



